Sac à dos sur le GR20 : chaleur, hydratation et soleil, ce qui change vraiment
Sur le GR20, un sac mal choisi ne se rappelle pas à vous au bout de deux heures. Il se rappelle à vous au sixième jour, quand les bretelles ont creusé la même ligne rouge sur les épaules depuis Calenzana et qu’il reste encore 900 mètres de montée avant Usciolu. Ajoutez à cela un mois de juillet où le thermomètre grimpe au-dessus de 30 °C dans les vallées, une pierraille qui renvoie la chaleur en pleine figure et des points d’eau parfois espacés de cinq heures de marche, et le sac devient le sujet numéro un du matériel.
Voici ce qui compte réellement sur ce tracé précis, et pas seulement sur une randonnée à la journée.
Quel volume de sac pour le GR20 selon la formule choisie ?
C’est la première question à trancher, avant même de regarder le confort ou la ventilation.
En demi-pension dans les refuges du PNRC, vous n’emportez ni tente, ni réchaud, ni nourriture pour seize jours. Un sac de 30 à 38 litres suffit largement, et l’objectif raisonnable tourne autour de 7 à 9 kg avec l’eau.
En bivouac autonome, il faut compter 45 à 55 litres pour loger la tente, le matelas, le réchaud et le ravitaillement. On monte vite à 12 kg, parfois plus au départ d’une section. Sur 180 km et environ 13 000 mètres de dénivelé positif, chaque kilo se paie comptant.
Un détail qui simplifie la vie : Vizzavona coupe le GR20 en deux et se rejoint en train depuis Ajaccio ou Bastia. Beaucoup de randonneurs y font un ravitaillement, ce qui permet de partir avec un sac plus léger sur la partie nord plutôt que de porter quinze jours de nourriture dès Calenzana.
Avant de vous décider sur un modèle, prenez le temps de bien choisir un sac à dos de randonnée en fonction de cette formule, parce que le volume conditionne tout le reste : le portage, la stabilité et même la façon dont vous transporterez votre eau.

Dos aéré ou dos plaqué : le vrai compromis sur le GR20
C’est le point où les conseils généraux de randonnée ne suffisent plus.
Un dos en filet tendu ventile très bien. L’air circule entre votre dos et le sac, vous transpirez moins, et c’est appréciable sur les longues montées au soleil comme celle de Calenzana vers Ortu di u Piobbu. Le problème, c’est que ce système éloigne la charge de votre dos. Le sac devient plus instable et vous tire vers l’arrière.
Or le GR20 n’est pas un sentier tranquille. Entre Carozzu et Ascu Stagnu, vous franchissez la passerelle de Spasimata puis les dalles équipées de chaînes. Sur la crête entre Usciolu et Asinau, l’arête a Monda demande régulièrement les mains. Dans ces passages, un sac qui balance derrière vous est nettement plus désagréable, et parfois franchement inconfortable.
Le compromis qui fonctionne bien sur ce tracé : un dos à contact ventilé, avec des mousses alvéolées et des canaux de circulation d’air. Vous transpirez un peu plus qu’avec un filet tendu, mais la charge reste plaquée et le sac ne bouge pas quand vous grimpez. Si vous partez en léger, moins de 8 kg, le filet tendu redevient une option tout à fait défendable.
Autre conseil de terrain : préférez un sac compact et haut plutôt que large. Sur les passages où l’on se faufile entre les blocs, un sac large accroche la roche.
Hydratation : combien d’eau porter entre deux refuges ?
Sur le GR20, la question n’est pas théorique. Elle dépend de l’étape.
Comptez au minimum 1,5 à 2 litres sur les étapes du nord, où les refuges et les torrents se succèdent assez régulièrement, et 2,5 à 3 litres sur les portions sud très exposées, notamment entre Prati et Usciolu ou entre Usciolu et Asinau, où l’on marche des heures sur des crêtes sans ombre et sans source fiable.
Deux réflexes qui font la différence :
- Vérifier l’état des sources avant l’étape. En août, plusieurs ruisseaux du tracé sont à sec. Les gardiens de refuge donnent l’information la veille au soir, c’est la source la plus fiable qui existe.
- Repérer les bergeries. Ballone, Vallone, Capannelle, Bassetta et quelques autres vendent boissons et fromages en saison. Ce sont des points de recharge précieux, mais ils ne sont pas ouverts toute la saison ni tous les jours. Ne construisez pas votre gestion de l’eau uniquement dessus.
Un filtre à eau léger change aussi la donne. Il permet de puiser dans un torrent au lieu de porter trois litres depuis le refuge, et sur une montée à 1 000 mètres de dénivelé, ces deux kilos économisés se sentent immédiatement.
Poche à eau ou gourdes : ce qui marche le mieux en Corse
La poche à eau a un vrai avantage : on boit sans s’arrêter, donc on boit plus souvent, donc on gère mieux la chaleur. Sur les longues traversées exposées, c’est un atout réel.
Mais elle a deux défauts précis sur le GR20. D’abord, vous ne voyez pas ce qu’il vous reste. Quand le prochain point d’eau est à trois heures, c’est un problème. Ensuite, la remplir suppose souvent de sortir la poche du sac, donc de tout défaire, parfois dans une file d’attente devant l’unique robinet du refuge.
La configuration que beaucoup adoptent après quelques jours : une poche à eau de 1,5 à 2 litres pour marcher, plus une bouteille souple d’un litre en poche latérale pour la réserve visible et les remplissages rapides. Vous gardez le confort du tuyau et le contrôle de votre stock.
Si vous partez en poche à eau, prévoyez une petite brosse de nettoyage. Une poche qui a passé douze jours au chaud sans être rincée devient rapidement peu ragoûtante.
Ce qui doit rester accessible sans ouvrir le sac
Sur un sentier où l’on marche souvent avec les mains, s’arrêter pour fouiller son sac sur le GR20 coûte du temps et de l’énergie. Organisez le rangement dès le premier matin :
- Poches latérales : bouteille souple et barres.
- Poche de la ceinture ventrale : crème solaire, baume à lèvres, téléphone.
- Poche du rabat supérieur : casquette, lunettes, buff, carte ou topo.
- Immédiatement sous le rabat : la veste coupe-vent et la housse de pluie.
Ce dernier point mérite d’être souligné. Les orages de fin d’après-midi sont fréquents en été sur la crête corse, et ils arrivent vite. Une housse de pluie enfouie au fond du sac ne sert à rien.
Le réglage qui sauve les épaules sur 16 jours
La règle est simple et beaucoup de randonneurs la découvrent trop tard : c’est le bassin qui porte, pas les épaules. Serrez d’abord la ceinture ventrale sur les crêtes iliaques, puis ajustez les bretelles, puis les rappels de charge en haut des bretelles, à environ 45 degrés. Terminez par la sangle de poitrine.
Sur le GR20, prenez l’habitude de desserrer légèrement la ceinture dans les longues montées, quand vous respirez fort, et de la resserrer dans les descentes techniques comme celle de Tighjettu ou la longue descente finale vers Conca.
Et surtout, testez le sac chargé avant de partir. Pas une heure sur du plat : deux ou trois sorties avec le poids réel, dont une avec du dénivelé. Une bretelle qui frotte se règle en quinze minutes chez vous. Au refuge de Manganu, avec une épaule déjà à vif, c’est une autre histoire, d’autant que les points de sortie du tracé sont rares : Ascu Stagnu, Castel di Vergio, Vizzavona et Bavella, et rien entre les deux.
Partir tôt, l’astuce qui vaut tout le matériel du monde
Aucun sac ventilé ne compensera un départ à 9 heures en plein mois d’août. Les randonneurs qui souffrent le moins de la chaleur sur le GR20 sont ceux qui partent entre 5 h 30 et 6 h 30, marchent les grosses montées à la fraîche et arrivent au refuge en début d’après-midi. Vous évitez la chaleur, vous évitez les orages, et vous avez le temps de faire sécher les affaires avant le soir.
Un dernier rappel pratique : depuis plusieurs saisons, la réservation est obligatoire sur tout le tracé, y compris pour le bivouac, et elle se fait uniquement en ligne sur la plateforme du Parc naturel régional de Corse. Les refuges sont gardés de la mi-mai au début du mois d’octobre, et les étapes les plus demandées comme Ortu di u Piobbu, Carozzu ou Usciolu se remplissent des mois à l’avance. Le sac idéal ne servira à rien si vous n’avez pas de place où dormir.
Sur le GR20, le bon sac est celui qui reste stable dans les passages câblés et difficiles, qui ventile correctement sans se décoller du dos, qui laisse l’eau et la protection solaire accessibles en marchant, et que vous avez réglé avant de poser le pied à Calenzana. Le reste, c’est du détail.
